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le Blog'notes de Charlot du 13

 

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Charlot du 13

 

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Il devait être 18 heures. Je trouvais Agnès, ma femme, couchée sur le canapé. La maison resplendissait de propreté. Ca sentait bon le savon et le propre. A côté d'elle, la valise. Oui, la valise qui était prête depuis quelques semaines maintenant avec le nécessaire pour quelques jours à l'hôpital. Parce que vous l'avez compris, Agnès était enceinte. Et la date limite de péremption du foetus semblait sur le point d'être atteinte...

J'ai appris par la suite que cela était courant : un vieux réflexe animal fait nettoyer le nid avant l'arrivée du bébé. Agnès avait senti dès le matin que le jour arrivait. Sans affolement, les contractions étant assez espacées, je ne me souviens plus de combien elles étaient, mais c'était donc pas affolant, nous avons pris la 4L vert pomme, la voiture que j'avais acheté d'occasion pour remplacer les 2 cyclos que nous avions.

J'étais très fier de ma magnifique 4L vert pomme. Ecolos avant l'heure, on l'avait choisie de cette couleur car elle se fondait dans le paysage quand nous faisions du camping sauvage. J'avais passé le permis à 25 ans et acheté ma première voiture à 26 ans, -d'occasion, d'accord, et alors ?- avec mon propre argent. J'étais content.

Bon, nous prenons la valise et nous partons à l'hôpital de la Conception. Nous avons choisi cet hôpital car le service de maternité y était assez réputé. Le meilleur après une clinique de soeurs, mais je ne voulais pas d'un enfant qui naîtrait dans une clinique de soeurs, alors on avait choisi un hôpital public : l'Hôpital de l'Immaculée Conception ! étonnant, non ? rigolo, plutôt ? bon.

On arrive, et après un contrôle des contractions, l'infirmière nous renvoie à la maison. C'est pas pour aujourd'hui !

On repart à la maison. Mais à peine le seuil passé et la valise posée qu'Agnès se tord de douleur : ça s'accélère drôlement ! Et bien, on repart. C'est déjà 21 heures. Et à la deuxième arrivée, là, panique au service, faut trouver tout de suite une salle de travail car c'est déjà commencé...

Je vous fais grâce de la nuit. Mais au matin de ce samedi 11 décembre 1976, à 7h25 exactement, un enfant arrive : un garçon ! Super ! parce qu'on avait pas de prénom de fille. Parce qu'en plus, on n'avait pas voulu savoir le sexe à l'avance pour laisser un peu de place à la nature.

Médicalement, tout se passe bien, et quelques temps après, je nettoie le bébé. J'avais assisté à l'accouchement et j'avais passé toute la nuit un linge mouillé sur le front de ma femme. On n’avait pas encore inventé les brumisateurs. Ça, j'allais m'en servir pour le deuxième.

Un garçon ! Heureusement, car on était d'accord sur un prénom : Ça allait être "Emmanuel". J'aime bien les prénoms bibliques. Ils sont intemporels et internationaux. Emmanuel, en hébreu, ça veut dire "Dieu avec nous". Bon, d'accord, on ne s'en est pas toujours servis pour la bonne cause ! surtout en allemand : Gott mit uns ! Brrr

Vous savez qu'Emmanuel, c'est le nom du messie ?

Oui, d'accord, dans la religion chrétienne, il se nomme Jésus. Mais, et toujours dans cette religion, le prophète Isaïe avait prédit sa venue et son avènement : "Voici, une Vierge sera enceinte, et elle enfantera un fils, et appellera son Nom EMMANUEL" (Isaïe 7,14). Ça faisait plusieurs semaines que j'écoutais le Messie de Haendel.

Ce 11 décembre 1976, vers 9h et demi, la mère et l'enfant dorment. Je n'ai pas sommeil. Je me sens comme transporté. Je sors annoncer la nouvelle à mes parents qui habitent tout près.

Dehors, je croise des tas de gens qui font leurs courses, qui flânent, qui font comme si cette matinée de samedi était comme d’autres matinées de samedi. J'ai envie de leur crier : j'ai un fils ! je suis papa !

Etant le père d'un garçon nommé Emmanuel (Messie, donc fils de Dieu) et ben, je me sens, je me sens, ben je me sens comme DIEU LE PERE, tiens !

J'ai créé, j'ai fait naître une vie !

D'accord, vous direz que je me suis pas foulé, que pour un homme, faire un enfant, c'est vraiment pas compliqué, que je ne suis pas le premier, et gnan gnan gnan. Ben, sur le moment, je m'en fiche, j'ai des ailes ! je vole ! et dans mon élan, je rentre à la boulangerie apporter des croissants à Dieu le Grand Père (et à la Grand-mère aussi).

Bien, sûr, ça m'a passé très vite. Il y a longtemps que j'ai vu et atteint mes limites d'homme. Mais je me souviens très distinctement de ce souvenir de puissance et de gloire, sentiment bien éphémère certes, mais quand même !