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le Blog'notes de Charlot du 13

 

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La guerre des tranchées

 

Imaginez une pièce de moins de 10 M². Trois mètres sur trois peut-être. Avec deux lits jumeaux. Imaginez deux garçons, un de 8 ans, un de cinq ans.

Ça se passe au milieu des années cinquante. Vous voyez le décor ? Des dessus de lit en tissus écossais. Une chambre bien rangée. Par la maman bien sûr.

 

Vous visualisez ? Les lits sont séparés par un espace égale à l’espace qui sépare chacun d’un mur. Voilà. Maintenant, regardez bien : les deux garçons sont accroupis derrière leur lit. Ils se font face en laissant juste apparaitre quelquefois leur tête. Ils ont chacun à la main une règle en plastique et à côté d’eux se trouve une réserve d’élastiques soigneusement distribués. La guerre des élastiques consiste à tirer des élastiques sur son frère sans se faire toucher. Tout est dans l’art de l’esquive. C’est assurément un bon apprentissage de la vie.

 

Je ne sais comment ils avaient été en possession d’un arc. Grand. Presqu’un arc d’adulte. Et de flèches avec un embout de caoutchouc. Facile à enlever. Trop facile à enlever. Qu’on pouvait - qu’on avait - remplacé par un gros clou cloué vers la pointe. Dangereux, non ?

Mais bon, les garçons n’étaient pas fous. Ils ne se lançaient pas les flèches dessus. Non. Il fallait alors ouvrir bien bien grand les fenêtres pour préserver les carreaux. Fermer les persiennes et y accroche une belle et grande cible. Les garçons se positionnent derrière le deux lit, à l’endroit le plus éloigné de la cible, et tchac ! chacun son tour et on compte les points et on joue à coup de parties de cinq flèches.

Que gagne le gagnant ? Rien bien sûr. Le respect du frère. Et la jalousie aussi.

 

La même chose - fenêtres ouvertes, persiennes fermées, cible posée, mais avec des fléchettes. De belles et grosses fléchettes. Avec une énorme pointe en acier.

De vraies fléchettes d’adultes. Dignes d’un pub anglais.

Pareil. Parties de cinq fléchettes. Comptage de points. Respect et jalousie.

 

Jalousie surtout du plus jeune, Ti-Charles à l’encontre du plus âgé, Jacky, qui était quand même plus âgé. Trois ans et demi. Ne l’oublions pas.

 

Ti-Charles qui est très nerveux. Il tient ça de son père, Jojo, dit « Jo la terreur » à cause justement de ce caractère chaud bouillant.

Ti-Charles qui n’arrive pas à juguler ces colères, ces colères qui montent, montent et explosent jusqu’à attraper une Dinky-Toy Peugeot 403 grise et taper sur la tête de Jacky, taper, taper, jusqu’à ce que le sang éclate, que le sang bouillonne, que Jacky crie très fort, que maman arrive en courant, que la vue du sang (le crane saigne très fort et très vite) ne calme tout à coup Ti-Charles qui se sauve se cacher en pleurant de honte et de colère rentrée.

 

Cette honte qui va lui rester encore aujourd’hui, près de soixante-dix ans après…