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le Blog'notes de Charlot du 13

 

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Charlot du 13

 

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Mes Amours de jeunesse :

Nourit

Quand j'arrivais au kibboutz, j'étais seul. J'étais seul et je m'apercevais lentement que Danielle ne me manquait pas tant que ça. J'étais seul et je m'apercevais tranquillement que Danielle ne me manquait pas du tout. J'étais seul et je m'apercevais simplement que je ne l'aimais pas. Ou plus. Cette histoire avait vraiment cassé le lien qui nous unissait. Avait cassé mon amour pour elle.

Il se passa quelques mois.

Et une fille du kibboutz, une Sabra, un Cactus comme on dit, vint me voir et discuter avec moi. Elle était un peu plus jeune que moi. De quatre ans. Quatre ans, ce n'est rien comme différence d'âge dans un couple, hein ? Je dirais presque que c'est une différence d'âge normale pour un couple.

Oui, mais...

Oui, mais quand on a dix huit ans... Quand on a dix huit ans, ça veut dire qu'elle en a quatorze !

Mais ça, je n'en ai pas eu conscience tout de suite. Ca n'a été qu'après, après les menaces. Pour l'instant, je la trouvais jeune bien sûr, mais tellement... comment dire ? Tellement en avance pour son âge. C'est elle qui m'a draguée. C'est elle qui m'a fait du gringue. C'est elle qui m'a fait la cour. C'est elle qui m'a séduit.

Elle était jolie, Nourit la Sabra. Une pure Yéménite. C'est dire si elle était brune ! Plus brune que brune ! Sheharhoret. Ma Sheharhoret. Ma Noiraude. Ma Morenica.

Hébreu :

Shecharchoret
Yafyafit ko kach
Einayich eish bo'eret
Libi kulo shelach

Latino :

"Morenica" a mi me yaman
yo blanka nasi
I del sol de l'enverano
yo me ize ansi.

Morenika, grasiozika sos,
tu morena i yo grasiozo
i ojos pretos tu

 

Noiraude,
jolie, tellement jolie,
Dans tes yeux, une flamme brûle,
Mon cœur entier est à toi

 

Ils me appellent morenica (brune/noire)
Mais je suis née blanche.
Grâce au soleil d'été
Je suis devenue comme ça.

Morenica, gracieuse,
Toi, morenica, ma gracieuse,
Avec tes yeux noirs.

Et on s'est retrouvés une nuit en cachette dans ma chambre. Parce qu'elle faisait le mur de l'école. Au kibboutz, l'école est un internat. Elle s'est littéralement jetée sur moi, m'a déshabillé et m'a fait lui faire l'amour. S'est faite dépuceler. Je crois qu'elle a eu mal, elle a serré des dents, mais n'a rien dit. Et en a redemandé. Encore et encore.

On s'entendait très bien. Il faut dire qu'on ne se voyait que la nuit, en cachette, et pour faire l'amour. Quand on se croisait le jour, on faisait semblant de ne pas se connaître particulièrement.

Et ça a duré des mois. Des mois et des mois. Et puis, je suis parti à l'armée. Et pendant mes permissions, on a commencé à s'afficher en public. Et ça a commencé à jaser. Mais elle n'avait plus quatorze ans, elle en avait quinze et demi. Et on rigolait, nous deux. S'ils avaient su, il y a un an et demi, quel scandale ! Et puis, un vieux m'a pris à partie : Si tu continues avec elle, je vais porter plainte à la police pour détournement de mineure. Il faut dire que le vieux (au moins quarante cinq ans, hein ?) avait une fille dans la même classe. Mais moche, moche, la pauvre ! Elle ne risquait rien !!!

Et les parents de Nourit m'aimaient bien. Elle m'avait présenté comme son "petit ami". Ils n'avaient rien contre. Elle Yéménite de souche, lui Belge (ce n'était pas son père biologique, c'était le second mari de sa mère). Ils étaient très sympathiques et je passais le chabbat après-midi avec la famille quand j'étais de permission au kibboutz.

Après les classes, nous fumes transférés à Nah'al Yam. Car on faisait l'armée dans le corps du Nah'al.

Le Nah'al. Un corps d'armée prestigieux et sympathique. Fait de volontaires étrangers. Descendant du Palmah'. L'élite de la Haganah, l'ancêtre de Tsahal. Ouf ! Vous ne comprenez rien ? Normal ! Moi aussi, je peux m'amuser avec les sigles. Comme les instits. et tous les enseignants. Et tous les fonctionnaires. Et tout le monde maintenant. Aïe, ces sigles !

Bon je reprends. Pour vous, hein ?

Nah'al, ben, c'est un corps d'armée composé essentiellement de jeunes des kibboutzim. Le mot Nah'al est l’acronyme hébreu pour "jeunesse pionnière combattante". Le Palmah', acronyme de Plugot Maḥatz, littéralement, "unité de choc", est le nom d'une des forces paramilitaires juives sionistes de Palestine mandataire. Faisant partie de la Haganah, qui signifie "défense" en hébreu, la Haganah est l'ancêtre de l'armée israélienne actuelle dénommée Tsahal, acronyme de "Armée de défense d'Israël". Si vous voulez, la Haganah se situait à gauche sur l'échiquier politique pro-indépendance, et le Likoud, qui prônait la violence contre les civils britanniques, à droite. Et le Palmah' était à la gauche de la gauche.

Ouf !

Et Nah'al Yam, c'était magnifique ! Un camp militaire, militaire mais pas trop, c'était une future implantation dans le Sinaï, à exactement mi-chemin entre Gaza et le canal de Suez. On y faisait de la pêche essentiellement. Mais, moi, j'étais le responsable de l'élevage – poules et chèvres. Quels bons souvenirs de Nah'al Yam il m'est resté par la suite.

Nourit vint me voir à Nah'al Yam. On a passé un chabbat à faire l'amour jusque dans le poste de garde, face à la mer. Cette mer ! Jamais je n'ai vu depuis de mer aussi belle. Sauf peut-être à Nuweiba. Mais n'anticipons pas.

Six mois. Nous sommes restés six mois à Nah'al Yam. Vers la fin des six mois, j'ai eu une permission pour aller en France au mariage de mon frère. Et là, à mon retour, Nourit me dit, Nourit me dit, Ben c'est fini entre nous. C'était la première fois que je me faisais jeter par une femme. Et pas la dernière...

 

Régine

Alors, elle, on pouvait dire qu'elle voulait se caser, hein ? Oh oui ! Elle voulait se caser ! Ca se voyait comme le nez au milieu de sa figure. Qu'elle avait assez jolie, d'ailleurs. La figure. Pas le nez. Enfin, pas spécialement le nez. Assez jolie, mais sans plus. Pas de quoi écrire à ses parents.

Elle était de Marseille. Ou plus exactement d'Aubagne. Une fille d'Aubagne touriste au kibboutz. Ca faisait un peu la maison qui faisait coucou de loin. Elle est restée un mois. Elle adorait le kibboutz. Elle aurait voulu y vivre. Mais voilà. Elle n'était pas juive.

Elle n'était pas juive. Et si elle n'était pas juive, elle ne pouvait pas devenir israélienne. Enfin, pas tout de suite. Pas par la loi du retour, comme nous. Elle pouvait se faire naturaliser mais il fallait vivre cinq ans au pays. C'est idiot, mais c'est comme ça. C'est comme ça dans tous les pays d'ailleurs. Vous arrivez en France. Vous vous installez en France. Vous croyez que vous allez avoir la nationalité française tout de suite ?

Elle passait toutes ses soirées avec nous. Elle ne nous lâchait pas d'une semelle. Elle était gentille, y a pas à dire... Mais pas très intéressante et un peu collante.

Mais gentille.

Elle partit à la fin de son visa d'un mois de touriste.

Et nous, on continuait nos vies de patachons. On était affectés pour six mois au canal de Suez. Au début, ça tirait de temps en temps. Oh, tranquille ! On se regardait surtout en chiens de faïence avec les Egyptiens. Par jumelles interposées. Avec de bonnes jumelles, comme on avait, on pouvait se voir face à face. On était postés vers le milieu du canal, près d'Ismaïlia. On était à moins de cent mètres des Egyptiens. Avec les jumelles, on les voyaient très bien et on se reconnaissait chaque jour. Presque à se faire coucou dans les jumelles.

Et puis au bout d'un mois, surprise ! Cessez-le-feu ! On s'amusait à dire que les Egyptiens n'avaient pas eu le choix que de signer le cessez-le-feu quand ils ont vu que c'était nous qui avions été affectés au canal !

Et quelques temps après, Régine revient !

Cette fois, elle avait pris un visa longue durée. Elle ne partirait du kibboutz que par la force des baïonnettes... Et en fait, si on regarde quelques années plus tard, quand on a pratiquement tous quitté le kibboutz, ben, elle était presque la seule à y être restée !

Et là,elle commença son travail de chercheuse. Chercheuse de mari. Parce que son projet;c'était de se marier avec l'un d'entre nous. N'importe lequel. Elle n'était pas amoureuse de l'un d'entre nous, elle était amoureuse du kibboutz. Oh ! Elle sortit avec cinq ou six d'entre nous. A chaque fois, ça ne durait pas longtemps. Chacun se comportait de la même manière. On s'échappait. Peur de la pieuvre qui nous étouffait. Et moi, ben, je fis partie du lot. Je sortis avec elle. Quelques semaines. A chaque permission, elle me faisait un gâteau. Le gâteau traditionnel de Chabbat du kibboutz. A chaque permission, elle restait collée à moi comme une sangsue. elle aimait tout ce que j'aimais, elle détestais tout ce que je détestais. Quand je m'amusais, pour la tester, à changer d'avis sur quelque chose, elle changeait d'avis aussi. Au lit, c'était bien. Sans plus. Il faut dire que je n'avais pas encore l'expérience que m'ont donné mes futures amours.

Après quelques semaines, je rompis. Si elle en a été affectée, elle continua à draguer. Mais bientôt, le groupe fut épuisé. Alors... Alors... Elle se rabattit sur notre professeur. Qui avait une dizaine d'années de plus que nous. Il était encore jeune. Et célibataire. Vieux garçon. La proie ! Et ça a marché !

Ca a marché ! Quelques mois après, ils étaient mariés !

Sacrée Régine, va !