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La Princesse Anthracite

 


Texte - Shalom Laskar
Illustrations - Dorothée Haller

 

Il était une fois il y a très très longtemps et très très loin de chez nous, un royaume qui était tout gris. Non, ne croyez pas que tout y était d’un même gris uniforme. Il y avait cinquante nuances de gris... Par exemple, le ciel était gris perle, la mer gris tourterelle.

Le roi était Gris-Taupe. Il s’appelait Le Roi Taupe.

La reine était Gris-Ardoise. Elle s’appelait la reine Ardoise.

Leur fille, qu’ils chérissaient plus que tout au monde était de couleur Gris Anthracite.

C’était la Belle, la Magnifique Princesse Anthracite.

Le royaume était très riche car on y cultivait toutes sortes de fruits et de légumes qui, comme par enchantement, étaient tous gris. Des tomates grises, des poivrons gris, même les oranges étaient grises. Mais d’un gris, comment dire, un gris-orange. A mi-chemin entre le gris acier et le gris souris.

Le peuple mangeait à sa fin tout son saoul de fruits et de légumes gris. Ce qui était excellent pour la santé.
Ils buvaient aussi du vin, du pinot Gris, mais avec modération.

Bref, c’était un royaume heureux.

Heureux ? Oui, mais... Car il y avait un mais. La princesse Anthracite ressentait comme un manque dans sa vie, un manque dans son coeur. « Il est temps de marier notre petite Anthracite » se disaient ses parents, le Roi et la Reine. « La marier, oui mais... » Car il y avait un autre mais. Avec qui ? Il n’y avait pas d’autre royaume à la ronde. Le royaume des Gris, car il portait ce nom-là, était tout isolé. Il n’en avait pas toujours été ainsi, parait-il.

On racontait qu’autrefois, il y a très très longtemps, le royaume était le centre du monde. Tous les artistes, musiciens, écrivains, poètes, philosophes et autres venaient à la cour du roi Jaune Citron et de la Reine Rose Fuchsia. C’était un grand centre culturel, un havre de paix et de tolérance. Ce qui ne faisait pas le bonheur des royaumes alentours. Ceux-ci déclarèrent la guerre au Royaume des Couleurs. C’est ainsi qu’il s’appelait à l’époque, à cette époque qu’on appela par la suite « la belle époque ». Ils déclarèrent donc la guerre au Royaume des Couleurs et le vainquirent facilement, car il n’y avait pas d’armée dans le Royaume des Couleurs.

Pas d’armée, pas de soldats, pas d’armes, pas de bombes, pas de fusils, rien.

Ce qui était tout à son honneur.

 

Le roi Charbon, le grand vainqueur et chef de la coalition des Noirs Royaumes, alla voir sa femme la Reine Aile de Corbeau. Celle-ci était une grande magicienne. Pas une magicienne gentille comme les fées, non. C’était une magicienne méchante.

C’était assurément une sorcière.

Abracada-bras ! Abracada-jambe ! Fit-elle. Et le Royaume des Couleurs devint tout gris.

Abracada-bras ! Abracada-pied ! Fit-elle. Et le Royaume des Couleurs partit de l’autre côté de l’univers. Tout seul, loin de tout, près de rien.

Au milieu de nulle part.

Et c’est là que naquit plus tard la Princesse Anthracite, car tout cela se passait longtemps avant sa naissance. Elle n’avait jamais connu les couleurs. Pour elle, le monde était gris. Bien sûr, on lui racontait souvent les histoires de « La Belle Epoque ».

Tous les petits vieux, toutes les petites vieilles du Royaume se rappelaient très bien cette Belle Epoque. Ils pouvaient encore décrire toutes les nuances de rouge, toutes les nuances de bleu, toutes les nuances de toutes les couleurs. Mais Anthracite n’arrivait tout simplement pas à se les imaginer. Comment voulez-vous imaginer une couleur quand vous ne l’avez jamais vue ?

Comment voulez-vous imaginer toutes les couleurs quand vous n’en avez jamais vue aucune ?

C’est pour cela que la Princesse Anthracite était triste. Pas parce qu’elle voulait se marier. Oh ! Mais ça aussi, peut-être, pourquoi pas ? Mais elle en avait assez de ces gris. Alors, elle rêvait...

Elle rêvait d’un Prince qui l’amènerait dans un royaume bleu. ou vert. ou jaune. ou orange. ou violet. Ou enfin, tout sauf ce gris qu’elle détestait.

Vraiment.

Tous ces gris, Gris Acier, Ardoise, Argent, Argile, Bis, Bistre, Bitume, Céladon, Châtaigne, Etain oxydé, Etain pur, Fumée, Grège, Gris de Payne, Gris fer, Mastic, Perle, Pinchard, Plomb, Souris, Taupe, Tourdille, Tourterelle. Elle les connaissait tous, et par ordre alphabétique, encore. Elle pouvait aussi les réciter du plus clair au plus foncé ou l’inverse.

Marre ! Elle en avait marre de ces gris !

Elle voulait de la couleur.

De la couleur ! Encore de la couleur !

Tous les matins, après sa douche et habillée de frais dans une belle robe grise, elle rêvassait. Elle regardait son jardin, son beau jardin plein de fleurs, des fleurs de toutes les nuances de gris. Elle l’imaginait de toutes les couleurs.

Comment ce serait ? Elle n’en savait rien.

En face de sa fenêtre, pourtant au troisième étage du château royal, il y avait un magnifique cyprès qui arrivait même plus haut encore que sa fenêtre.

Un matin, un énorme oiseau vint se percher sur une branche, là, juste en face d’elle. On aurait dit qu’il n’avait pas peur. C’était un grand oiseau. Vraiment grand. Elle avait vu sa photo dans un livre d’oiseaux.

C’était un ara. Tout gris. Mais joli quand même.

Il n’avait pas peur. Il se faisait la toilette, picotant ses plumes de son long bec.

Et voilà qu’un miracle se produisit sous les yeux émerveillés de la Princesse Anthracite.

A mesure que le bec caressait des plumes, celles-ci se coloriaient.

Les ailes devenaient d’une belle couleur. Le cou d’une autre. Le ventre encore d’une autre. La queue d’une autre encore.

Oh ! Elle n’en croyait pas ses yeux !

Et quand il fut toutes couleurs resplendissantes, il voleta près de la fenêtre et s’envola. Elle resta médusée. Que dire ? Que faire ? Elle ne pouvait pas en parler, car elle n’avait pas les mots pour le dire. Car elle avait bien vu que l’oiseau se coloriait. Elle avait bien vu qu’il avait des couleurs différentes au cou, au ventre, aux ailes et à la queue. Mais lesquelles ? Elle n’en savait rien. Mais nous, nous qui connaissons les couleurs, nous savons que les ailes devenaient bleues, le cou orange, le ventre jaune et la queue rouge. Il était vraiment splendide.

Comme elle restait ébahie devant tant de beauté, elle décida de ne rien dire à personne, de peur de faire fuir l’enchantement. Elle allait attendre le lendemain matin, pour voir si l’oiseau magique allait revenir.

Je ne vous cache pas que la journée fut longue. Longue à en mourir. La nuit aussi. Elle dormit peu. Elle rêva. Et pour la première fois de sa vie, elle ne rêva pas en gris. Elle rêva en couleurs.

Le lendemain matin, sitôt lavée et revêtue d’une belle robe gris argent, elle attendit à la fenêtre. Et l’oiseau vint tout de suite. On aurait dit qu’il l’avait attendu. Il revenait tout coloré. Et un son sortit de sa gorge.

Il parlait ! Il parlait sans rien dire ! Avec une voix rauque et désagréable. Que c’était laid ! Que c’était vilain ! A ce moment, l’ara siffla d’un sifflet strident à s’en écorcher les oreilles. Alors, une multitude d’oiseaux vint le rejoindre sur le cyprès.

L’ara toucha le ciel de son aile bleue, et voici : le ciel devint bleu. Un canari toucha le soleil. Celui-ci devint d’or. Un passereau d’un vert profond caressa le cyprès. Vous devinez la couleur qu’il prit.

Des serins et des rouges gorges survolèrent un champ de blé. Les blés devinrent dorés, parsemés de coquelicots rouge vermillon. Et tout, le paysage, le château, toute la vie se coloria de couleurs merveilleuses.

Le bel ara, toujours continuant à jacasser de sa voix rauque et laide, vint se poser sur le bras d’Anthracite. Immédiatement, toute sa peau devint d’un rose tendre. Il toucha sa robe.

Ce fut d’une robe couleur de l’arc en ciel qu’elle était maintenant vêtue. Il était toujours posé sur son bras. Elle le fit délicatement monter sur sa main droite. Elle ne savait comment le remercier de tant de beauté.

Elle l’approcha de ses lèvres et lui donna un petit baiser sur son bec. Aussitôt, l’oiseau sauta de sa main, il se posa sur le sol de la chambre et devint un magnifique Prince Charmant.

Car charmant, il l’était assurément. D’une belle figure rose, des cheveux de geai, un habit élégant, chemise jaune, manches bleues, pantalon orange. Il était habillé comme un véritable Arlequin. Comme il était drôle !

Elle descendit voir ses parents et leur présenta son Prince Charmant haut en couleurs. Tous se plurent et on procéda à leurs noces immédiatement, car le prêtre était disponible. Mais le bonheur de la Princesse fut de courte durée car le Prince avait gardé sa voix rauque et laide.

Il ne faisait que répéter ce qu’il entendait.

« Ma parole, tu répètes tout ce que je dis ! »
« Ma parole, je répète tout ce que tu dis ».

« Ma parole, tu es un perroquet ! »
« Ma parole, je suis un perroquet ».

« Ma parole, j’en ai marre de toi ! »
« Ma parole, tu en as marre de moi ! ».

Car Ara, il était et Ara, il restait.

Mais, bon.

On ne peut contenter les yeux et les oreilles..

Alors, petit à petit, le monde redevint gris pour Anthracite. Elle regrettait presque le temps où elle rêvait d’un Prince Charmant et d’un monde en couleurs.

Le monde redevint tout gris pour Anthracite.

Anthracite était triste.

Car la couleur est dans les yeux de celui qui regarde.

 

Mais voici qu’un jour de printemps, arriva un phénomène très étrange…

La princesse, assise sur un banc dans le jardin du château, se sentait lourde de chagrin. Les jours semblaient s’étirer sans fin depuis que la tristesse avait enveloppé son coeur. Son regard se perdait dans les nuages, espérant en vain voir un signe de réconfort dans le ciel.

Soudain, une lueur brillante émana des airs, et une fée élégante apparut devant la princesse. Ses ailes étincelaient de magie, et son visage rayonnait de bienveillance. «Chère princesse,» dit-elle d’une voix douce, «je suis la Fée des Espoirs, envoyée pour alléger le fardeau de ton coeur.»

La princesse leva les yeux, surprise par cette visite inattendue. «Oh, fée bienveillante, que puis-je faire pour soulager cette douleur qui me consume ?» demanda-t-elle, son timbre empreint de tristesse.

La Fée des Espoirs sourit tendrement. «J’ai entendu tes prières silencieuses, et je t’apporte un cadeau du destin.» D’un geste gracieux, elle agita sa baguette magique, et devant la princesse, un nuage de paillettes dorées se forma, tourbillonnant et prenant lentement forme.

De ce tourbillon de lumière émergea un mignon petit coffret en bois marqueté, très joli. Anthracite l’ouvrit avec précaution. Ce qu’elle vit la ravit. il y avait là plusieurs pinceaux de toutes les forme. Du plus étroit au plus large, la gamme était vaste. Et il y avait beaucoup de godets d’aquarelle. Au moins une vingtaine ! elle les compta. Il y en avait vingt-quatre !

 

Quel bonheur !

Du rouge vermillon au jaune safran, du violet améthyste au bleu océan, du vert émeraude au rose corail, c’était merveilleux !

La fée des espoirs dit : « Princesse Anthracite, je connais ta douleur. La déception te fait voir de nouveau la vie en gris. Prends ces aquarelles. Avec tes pinceaux magiques, tu pourras peindre le monde, tu pourras peindre la vie de toutes les couleurs que tu voudras.

Anthracite prit un très gros pinceau. Elle fit sur sa palette un mélange de vert et de bleu donnant un beau turquoise. La fée des espoirs l’encourageait du regard.

Anthracite dessina un gros trait sur le ciel. Aussitôt, tous les habitants du royaume virent une grosse trainée turquoise dans le ciel grisatre. Un grand cri de joie s’éleva. Anthracite l’entendit. Cela lui donna la force de continuer. Elle traça de larges bandes turquoises dans ce nouveau ciel. Tout le monde fut ravi.

Elle n’en resta pas là.

Chaque jour, elle essayait de nouveaux mélanges. Le ciel fut orange, puis jaune paille, puis rouge sang, puis… Anthracite ne s’arrêtait pas. Ce cadeau était vraiment magnifique !

Les habitants étaient très heureux eux aussi. Leur quotidien se trouvait tout changé ! chaque jour apportait son lot de surprises !

Quel bonheur !


La princesse Anthracite avait retrouvé le bonheur !

 

Guy Béart a décrit cette histoire dans une belle chanson :
« Les couleurs du monde »
Vous pouvez l’écouter ici :
https://www.youtube.com/watch?v=FkCj741Z4ZE
En voici les paroles :

La mer est en bleu, entre deux rochers bruns
Je l’aurais aimée en orange
Ou même en arc-en-ciel, comme les embruns
Étrange

Je voudrais changer les couleurs du temps
Changer les couleurs du monde
Le soleil levant, la rose des vents
Le sens où tournera ma ronde
Et l’eau d’une larme, et tout l’océan
Qui gronde

J’ai brossé les rues et les bancs
Paré les villes de rubans
Peint la Tour Eiffel rose chair
Marié le métro à la mer

Le ciel est de fer entre deux cheminées
Je l’aurais aimé violine
Ou même en arc-en-ciel, comme les fumées
De Chine

Je voudrais changer les couleurs du temps
Changer les couleurs du monde
Le soleil levant, la rose des vents
Le sens où tournera ma ronde
Et l’eau d’une larme, et tout l’océan
Qui gronde

Je suis de toutes les couleurs
Et surtout de celles qui pleurent
La couleur que je porte, c’est
Surtout celle qu’on veut effacer

Et tes cheveux noirs étouffés par la nuit
Je les voudrais multicolores
Comme un arc-en-ciel qui enflamme la pluie
D’aurore

Je voudrais changer les couleurs du temps
Changer les couleurs du monde
Les mots que j’entends seront éclatants
Et nous danserons une ronde
Une ronde brune, rouge et safran
Et blonde

 

 

 

Bonne nuit Princesse Anthracite !
Bonne nuit Naël !
Bonne nuit papi Shalom !
Bonne nuit mamie Dorli !

 

 

 

Gâteau magique à la vanille

Au fond, un flan onctueux. Au milieu, une crème délicate. Par-dessus, une génoise toute légère. Avec trois couches pour une seule préparation, le gâteau magique à la vanille réussit un sacré tour de passe-passe culinaire ! L’explication à ce petit miracle ? Une cuisson au four maîtrisée et des blancs en neige incorporés sans trop les casser, de sorte à former encore des petits grumeaux en surface. Insolite et terriblement gourmand !

Ce gâteau magique à la vanille se décline très facilement à tous les parfums ! Pour l’aromatiser au chocolat, ajoutez simplement 45 g de cacao amer en poudre à votre appareil. Vous pouvez aussi incorporer des fruits rouges (myrtilles, framboises...) en les déposant au fond du moule avant de les recouvrir de pâte. Pour la finition, poudrez le dessus d’un voile de sucre glace au moment de servir.

 

- Oeufs 4
- Lait 50 cl
- Beurre 125 g
- Farine 115 g
- Sucre en poudre 110 g
- Vanille 1 Gousse
- Sucre vanillé 1 Sachet
- Eau 1 c. à soupe
- Sel 1 pincée(s)

 

À l’aide d’un couteau, fendez la gousse de vanille en deux et grattez pour récupérer les grains. Faites chauffer le lait avec les grains de vanille et la gousse incisée. Une fois le lait chaud, retirez du feu et laissez infuser durant 1 heure environ.

Séparez les blancs des jaunes d’oeufs. Mélangez les jaunes avec le sucre en poudre et le sucre vanillé jusqu’à ce que l’ensemble blanchisse.
Préchauffez le four th.5 (160°C). Faites fondre le beurre au micro-ondes et incorporez-le à la préparation du gâteau magique. Ajoutez la farine et le sel, fouettez le tout. Versez le lait à la vanille en ayant pris soin de retirer la gousse, puis mélangez.

Montez les blancs en neige ferme. Incorporez-les délicatement au reste du mélange réalisé afin de ne pas les briser. Le mélange doit devenir granuleux.

Beurrez et farinez un moule et versez la préparation. Enfournez pour 50 min.

Laissez refroidir 2 heures votre gâteau magique au réfrigérateur avant de déguster.