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Texte Shalom Laskar
Illustrations Dorothée Haller

 

Très loin d’ici, à l’ouest de l’Afrique, dans un joli pays qui avait autrefois un nom charmant « Côte d’Or » et qui maintenant s’appelait « Ghana » était né un joli petit garçon que ses parents avaient appelé Kwakou.

Pourquoi Kwakou, me demanderez-vous ?

Je vais vous expliquer.

Il est d’usage, au Ghana, de donner certains prénoms suivant le jour de la naissance. Et comme ce bébé était né un mercredi, et que le mercredi c’est le jour des Kwakou, et bien on l’appela tout simplement Kwakou.

Comment ?

Comment s’appellerait-il s’il était né un jeudi?

Et bien, Yaw, bien sûr.

Et le vendredi ?

Attendez. Je vais vous donner tous les prénoms de la semaine au Ghana. D’ailleurs, ces prénoms sont aussi valables au Togo et au
Bénin.

Lundi : Kodjo
Mardi : Kwabena
Mercredi : Kwakou
Jeudi : Yaw
Vendredi : Kofi
Samedi : Kwame
Dimanche : Kwesi

Comment ? Oui, cette liste est pour les garçons. Il y en a une autre pour les filles. Mais attendez. Vous voulez une histoire ou un cours
sur les prénoms de l’Afrique de l’Ouest ?

Hein ?

Bon.

Alors je reprends.

Le Ghana se situe sur le golfe de Guinée. A l’ouest de l’Afrique.

Tenez, regardez l’ensemble de l’Afrique. C’est au-dessous de l’Europe.

Regardez en-dessous.


Bien.

Les parents de Kwakou vivaient dans un petit village au bord de la savane. Papa et maman adoraient Kwakou. Il faut vous dire que papa et maman avaient essayé depuis près de dix ans d’avoir un enfant. Ils en avaient essayés, des choses ! Ils étaient allés voir des médecins. Mais comme Gbawe, la ville d’à côté, était une toute petite ville, il n’y avait qu’un tout petit dispensaire et pas de matériel pour faire de vraies analyses.

Il fallait aller très loin, jusqu’à Accra, pour trouver un hôpital digne de ce nom. Et partir à pied pour Accra aurait demandé des semaines et qui aurait nourri les deux mamies ?

Les deux papis étaient morts pendant les guerres civiles qui avaient suivi les différents coups d’état militaires. Et les deux mamies étaient âgées et malades.

Regardez à quoi ressemble Gbawe :

Oui. Gwabe a une population de 75.000 habitants. Mais rien à voir avec Accra qui est la capitale et qui a une population de 300.000 habitants en centre-ville et 5 millions dans l’ensemble de la commune.

Et non. L’Afrique n’est pas un désert.

Et puis c’est joli. Les paysages sont superbes. Mais il faut aimer la chaleur.

D’accord.

Mais regardez le village de Kwakou, à côté de Gbawe.

Dans la savane.

Comme c’est joli.

et voilà la maison de Kwakou :

Maman ne pouvait pas s’absenter si longtemps. Elle devait préparer les repas, s’occuper de la lessive, du ménage, bref le travail quotidien d’une femme africaine. Et papa devait travailler dur pour ramener de quoi acheter à manger. Impossible donc d’aller consulter de grands médecins.

Alors ils étaient allés voir des sorciers.

Oh, combien de sorciers croyez-vous ?

Beaucoup, beaucoup !

Plus de cinq peut-être ! Peut-être même six ou sept !

Ils en avaient fait, des choses ! Ils avaient fait des prières et des incantations sur papa ! Ils avaient fait des prières et des envoûtements sur maman. Mais rien. Rien.

Et puis, un jour, maman s’aperçut qu’elle était enceinte et un mercredi, Kwakou est arrivé. Je ne vous raconte pas la joie des parents et des grandes mères. Vous la devinerez aisément.

Maman bien sûr allaita Kwakou et tout allait bien.

Mais dès qu’il fut sevré, Kwakou pleura beaucoup et surtout, surtout Kwakou ne grossissait pas, Kwakou ne grandissait pas.

Pour son gruau, on essaya plusieurs céréales. Sans grand succès. On essaya le lait de vache. Cela le rendit malade. On essaya le lait de chèvre. Pas terrible. On essaya le lait de brebis. C’était mieux. Il ne vomissait plus. Mais Kwakou restait petit.

Car surtout Kwakou ne voulait pas manger. Cela l’ennuyait. Cela l’embêtait de rester assis à mettre des choses dans sa bouche. Il préférait courir. Il adorait courir.

Si on l’avait laissé faire, il aurait couru et dormi. Dormir parce qu’il le fallait bien. Mais courir ! Ah courir !

Ah courir !

Impossible de le faire asseoir pour le nourrir. Maman et les mamies lui préparaient du gruau au bon lait de brebis, mais à deux ans, Kwakou mettait des vêtements de neuf mois.

Mais il avait une vitalité ! oh ! une vitalité ! Il gambadait et courait toute la journée et maman réussissait à lui faire enfourner de temps en temps une cuillère de gruau. Il la happait au passage et continuait de courir. Il ne voulait jamais s’asseoir pour manger.

Le médecin du dispensaire voulut le faire hospitaliser à Accra, mais les parents refusèrent. Nourrir leur enfant avec des tuyaux, ça non !

Et puis le savoir si loin tout seul dans un hôpital, non et non !

Alors ils allèrent revoir des sorciers. Un sorcier fit pendant toute une nuit des prières sur Kwakou. Un autre lui massa le ventre avec un onguent d’herbes magiques. Un autre... Oh je ne sais plus combien de sorciers ils étaient allé voir, mais rien. La situation ne changea pas et à trois ans, Kwakou était un petit garçon grand comme un autre d’un an.

Et un jour, un jour, un vieil homme passa à la maison. C’était le frère de la maman de papa. Donc le grand-oncle de Kwakou. Il était vraiment impressionnant. Peut-être à cause de sa longue chevelure bien blanche. Peut-être à cause de sa longue barbe bien blanche. Peut-être à cause de son bel habit traditionnel. Et comme c’était l’homme le plus âgé de la famille, tout le monde lui marquait beaucoup de respect. Parce que il faut vous dire qu’au Ghana, on marque encore beaucoup de respect pour les personnes âgées.

Le vieil homme s’approcha de Kwakou. Il le regarda fixement. Profondément. Kwakou aima tout de suite le vieil homme. Il avait un tel regard ! Profond et rempli d’amour ! Mais pas d’un amour envahissant comme celui de ses parents. Mais pas d’un amour larmoyant comme celui de ses grand-mères.

Non.

Un regard de respect. A égalité. Kwakou se sentit exister dans ce regard.

Le vieil homme goûta le gruau.

Il resta un moment silencieux puis il fit goûter le gruau à toute la famille. Tous s’accordèrent à dire que c’était fade. Pas mauvais, non, mais sans goût, surtout comparé aux plats si épicés qui faisaient leur ordinaire.

Le grand oncle rassembla toute la famille et dit :

« Maintenant, Kwakou n’est plus un bébé. C’est un grand garçon. Il va devoir aider aux tâches de la famille. En particulier, c’est lui qui s’occupera de faire pousser les légumes du potager. Et puis, il prendra ses repas avec toute la famille. Il s’assiéra avec les autres autour du plat et mangera comme tout le monde »

Kwakou sourit. Il était grand ! Un grand garçon !

C’est la première fois qu’on lui disait ça. Il était fier. Le soir, pour la première fois il s’assit avec toute la famille et il goûta. C’était fort mais c’était bon. Maman lui dit que c’était du poulet sauté aux cacahuètes. Il mangea une bonne part. Mmmm ! Que c’était bon !

Et pendant de longues années, Kwakou s’occupa consciencieusement du potager. Il y fit pousser de très gros légumes. Cela permit à maman et aux mamies de préparer de délicieuses recettes.

Et pendant de longues années, Kwakou se régala des bonnes recettes de maman.

Et croyez-moi ou pas ! Cela fait vingt ans de cela et Kwakou a maintenant vingt-trois ans. Et il mesure un mère quatre-vingt-dix, il pèse quatre-vingt-cinq kilos et...

et...

il est capitaine de l’équipe nationale de ... Rugby !

 

 

Bonne nuit Kwakou !
Bonne nuit Naël !
Bonne nuit papi Shalom !
Bonne nuit mamie Dorli !

 

 

POULET SAUTE AUX CACAHUETES (GHANA)

 

- Un poulet découpé en morceaux
- 2 c. à soupe d’huile d’arachide
- 20 cl de bouillon
- 1 citron vert
- 2 c. à soupe de vinaigre balsamique
- 2 c. à soupe de miel liquide
- 2 c. à soupe de sauce soja
- 125 g de cacahuètes décortiquées
- sel, poivre
- persil

 

Faites chauffer de l’huile dans un wok ou une poêle et mettez-y les morceaux de poulet à dorer sur toutes leurs faces. Versez ensuite le bouillon, salez, poivrez et laissez cuire 20 minutes à petit feu jusqu’à presque totale évaporation de celui-ci et en remuant de temps en temps.

Pendant ce temps, mélangez dans un bol le jus de citron vert, le vinaigre, le miel, et la sauce soja. Concassez grossièrement les cacahuètes.

Quand il n’y a presque plus de bouillon mais avant que la viande ne dessèche, versez la préparation liquide et les cacahuètes dans le wok, mélangez et faites cuire à feu moyen quelques minutes en remuant le temps que la sauce caramélise et nappe le poulet. Saupoudrez d’un peu de persil frais.

Servez avec du riz blanc.

C’est très bon et ça fait grandir les enfants !