Dès que j’eus quatre ans, je pris mon indépendance. Il faut dire que les circonstances m’aidaient beaucoup. Nous habitions au cinquième étage et ma tante qui hébergeait sa mère chez elle - la mère de ma tante - donc la mère de ma mère - donc ma grand-mère - habitait le même immeuble au quatrième.
Alors, dès que quelque chose me rendait furieux - mon frère qui me taquinait un peu trop - ma mère qui préparait une soupe avec des carottes - je criais : "Bon, alors, je vais chez Mémé !" Je préparais mon bagage : je remplissais mon sac de toile, brodé de mon nom en rouge : "Charles" - et oui, mesdames et messieurs, je savais lire mon nom depuis l’âge de trois ans - je remplissais donc mon sac d’objets de survie : deux ou trois voitures Dinky Toys, deux ou trois livres d’images, et surtout ne pas oublier mon cheval - mon cheval en peluche - mon copain - mon doudou.
Ainsi paré, j’ouvrais la porte - la poignée était haute, mais j’y arrivais - je descendais l’étage et frappais à la porte de tata Lucie. Mémé venait m’ouvrir et disait : "toi, tu t’es encore disputé avec ton frère". Mais moi, ce qui m'envoûtait, c'était l'odeur qui m'envahissait dès qu'elle ouvrait la porte. Mémé sentait le chèvrefeuille. Elle avait une eau de toilette au chèvrefeuille - elle recevait tous les ans pour son anniversaire et pour Noël la même bouteille d'eau de toilette au chèvrefeuille - et elle n'était pas avare sur son parfum. Que ça sentait bon ! Bon Dieu, que ça sentait bon!
Le soir, ma mère venait me chercher. Des fois, je montais, des fois je disais : "je dors chez Mémé !" Alors, le soir, je rentrais dans la chambre de mémé - quelle odeur, ce chèvrefeuille ! - Mémé me déshabillait et je m'allongeait dans les draps de Mémé. Et je m'enfouissais dans l'odeur de chèvrefeuille, et je m'endormais dans l'odeur de chèvrefeuille. Et j'étais bien.
Dans l'odeur de chèvrefeuille.
BOUKTOUF
Soupe d'été à la menthe et au coriandre de mémé Eugénie
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2 oignons
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une tomate
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viande de bœuf (macreuse) facultatif
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1 grosse pomme de terre
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2 courgettes
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100 g. de spaghettis
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coriandre
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menthe
Faire revenir dans de l'huile d'olive 2 oignons et une tomate. On peut y ajouter de la viande de bœuf (macreuse).
Y faire également revenir 1 grosse pomme de terre coupée en dés, puis 2 courgettes coupées en dés et épluchées à moitié.
Verser 1 à 1,5 litre d'eau et une bonne pointe de safran. Laisser cuire ¼ d'heure.
Mettre 100 g. de spaghettis coupés en 2. Relaisser cuire ¼ d'heure.
2 minutes avant la fin de la cuisson, hacher menu et ajouter un gros bouquet de feuilles de coriandre et plusieurs branches de menthe.
Ajouter de l'eau si besoin. Peut se manger chaud ou froid.